Ni beaux ni laids

Ni beaux ni laids

Atohi

ATOHI

 

 

Assis dans sa chaise, les narines d’Atohi frémissent. L’enfant attend fébrilement grand-père Honovi. Atohi n’aime pas la poussière et le bruit de la ville. Il se sent comme un poisson hors de l’eau. Atohi est paraplégique. Une stupide chute et le voilà cloué à jamais sur cette chaise.

 

Grand-papa Honovi est fort. Atohi ne craint rien avec lui.

 

Dès les premiers bourgeons, grand-papa Honovi place le fauteuil roulant dans son gros camion et soulève Atohi dans ses bras. Tendrement, leurs têtes se rapprochent. Pas de paroles inutiles.

 

Plus le camion de grand-papa s’éloigne de la ville, plus Atohi goûte cette sève qui coule dans ses veines.

 

Arrivés à la cabane, grand-papa laisse ce siège de larmes dans le coffre de son  camion. Prenant Atohi dans ses bras puissants, ils descendent tous les deux,  jusqu’à la rivière,  respirer l’odeur de la nature.

 

Le soir, autour du feu, grand-papa lui raconte toutes sortes de légendes indiennes. Puis, sur le tapis de peau, ils s’endorment l’un contre l’autre.

 

Le matin, grand-papa transporte Atohi dans ses bas et ils font à nouveau le chemin de la rivière. Adossés contre un chêne, le grand-père et l’enfant écoutent le vent, regardent le frétillement des feuilles, scrutent l’horizon et apprennent ensemble, les sons de la nature.

 

Un après-midi,  Atohi aperçoit entre deux arbres, la silhouette d’un homme assis sur un magnifique cheval blanc. Un aigle sur son épaule, l’étranger le regarde puis disparaît.

 

Au souper, Atohi questionne son grand-père sur ce personnage. Songeur mais serein, grand-papa Honovi explique à son petit- fils le message suivant :

 

-         heureuse sois-tu belle et bonne âme

-         l’aigle t’apportera  la sagesse  et

-         le cheval, le voyage.

 

Cette nuit-là, grand-père Honovi s’endormit un peu plus tard que son petit- fils.

 

Les jours qui suivirent cette vision, continuèrent comme avant : descente à la rivière, pêche, repas, légendes et dodo.

 

-         les feuilles commencent à tomber fiston, dit grand-père

-         oui, dit simplement Atohi

 

Deux jours avant le retour à la ville, le mystérieux chevalier revint. Cette fois-ci, il traverse la rivière et s’approche d’Atohi et de grand-père.

 

Grand-papa Honovi embrasse précieusement son petit fils. Puis, de ses grands bras musclés, il place Atohi sur le cheval blanc. Grand-papa parle un drôle de dialecte.

 

 Dans un dernier regard, grand-père et petit-fils se disent tout l’amour du monde. Grand-papa lui dit

 

-         ne crains rien

-         je te rejoins très bientôt.

 

Ce soir- là, grand-papa Honovi a détruit le fauteuil roulant de son petit- fils. Puis, à même le sol, il s’endormit du sommeil du juste.

 

 

 

Prénoms amérindiens : Atohi veut dire bois ; Honovi signifie fort.

 



03/04/2011
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